Et si c’était gratuit?

par Alexandre Parent

18 10 2007

Le téléchargement illégal de musique étant devenu monnaie courante, les artistes cherchent par tous les moyens à tirer leur épingle du jeu pour se faire connaître. Étonnamment, c’est par la gratuité que le groupe Misteur Valaire tente de s’établir sur la scène québécoise en lançant leur propre webalbum.
«On a nous-même défini le concept de webalbum», affirme Luis du groupe électro-jazz Misteur Valaire. Un webalbum est un format d’album qui se distingue par son accessibilité via le site Web du groupe. Il est offert sous différents formats numériques de haute qualité (.wav, .flac, .mp3 de haute résolution). Cependant, contrairement à des sites comme le site d’achat de musique en ligne iTunes, l’album est offert tout à fait gratuitement au grand public sur la page du groupe. Luis affirme qu’outre la gratuité et l’accessibilité, une autre particularité distingue les webalbums : la licence Creative Commons. Le droit d’auteur est complètement enterré sous cette licence. Quiconque désire remodeler ou modifier les pistes provenant d’un webalbum peut le faire.
Plusieurs motivations poussent les groupes à s’aventurer sur le terrain cahoteux des nouveaux modes de distribution de la musique. Misteur Valaire entend profiter du webalbum pour mettre l’accent sur les concerts, sa principale source de revenu. «On préfère avoir plus de personnes à nos spectacles plutôt que de faire un petit profit sur la vente de nos albums», dit encore Luis. Le profit que peut faire un groupe avec la vente d’album varie entre 1 $ à 6 $ par disque vendu, souligne le musicien.
Misteur Valaire ne se contente pas d’offrir sa musique gratuitement, l’album est aussi disponible sur support CD lors des représentations du groupe. Luis avoue que la vente de leur disque lors des spectacles permet aux fans d’encourager financièrement le groupe.
L’avenir semble prometteur pour ce nouveau type d’album. Le président d’Indica Records et chanteur de la formation québécoise Grimskunk, Franz Schuler, y met un bémol. «Je pense que se limiter de quelconque manière que ce soit en ne faisant qu’un webalbum est incohérent quand on sait que la musique se fait découvrir par des dizaines de manières différentes et que toutes devraient être exploitées», affirme-t-il.
La technologie évolue rapidement et les modes de diffusion ne cessent d’exploser. «La musique en ligne et par cellulaire va dominer de plus en plus, mais le concept de webalbum me semble voué à l’échec car il y aura toujours un nouveau truc», dit Schuler. Les groupes de musique sont de plus en plus confrontés au choix technique et au medium qu’ils utiliseront pour se faire connaître. «C’est peut-être cool pour certaines personnes, mais je trouve cela plutôt poseur», dit Schuler.
Même si l’association entre webalbum et compagnie de disques semble difficile à concevoir, Franz Schuler garde toujours une porte ouverte. «Si on aime un artiste, on peut vouloir être partenaire avec eux peu importe son profil. Si on ne peut rentabiliser nos efforts avec les ventes de disques, il faut le faire ailleurs […]. Sinon c’est parfaitement inutile.»
Bien que le webalbum n’en soit qu’à sa forme embryonnaire, les possibilités qu’amène ce nouveau mode de distribution de la musique sont grandes. Une chose est certaine, cette méthode est à contre-courant du discours classique selon lequel Internet met en péril l’industrie du disque.

Actions

Informations

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises html : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

For spam detection purposes, please copy the number 1072 to the field below: