Montreal of the dead
par Chantal Gailloux
20 02 2008Grise, morne et sale… Montréal semble peu inspirante. La métropole québécoise est néanmoins la muse idéale pour les groupes psychobilly. Cette culture marginale émerge des bas fonds de la ville pour se développer en une scène effervescente et complètement éclatée.
Tous les ingrédients sont réunis pour favoriser l’épanouissement du psychobilly à Montréal: studios de productions disponibles, infographie accessible, meilleure distribution grâce à Internet, salles de spectacles avenantes. Et bien sûr, un public prêt à festoyer. «Tout est parti d’une organisation entre amis qui voulaient s’aider pour faire une scène. À cause de ça, la scène est vraiment grosse maintenant à Montréal! Je pense que j’ai jamais vu autant de groupes psycho et de contrebasses de ma vie!» s’exclame, René de la Muerte, chanteur et guitariste du groupe The Brains.
À cheval entre punk rock et rockabilly, le psychobilly tire ses origines du rock ‘n’ roll des années 50, popularisé par Elvis Presley et Johnny Cash, à l’époque où la ségrégation définissait la vie sociale et culturelle. Le psychobilly se démarque de cette culture par ses thèmes apolitiques liés à la monstruosité des films d’horreur et à l’amour passionnel enluminé d’une sexualité débridée, le tout exprimé avec un humour teinté d’autodérision. Une démesure qui se traduit en partie par l’habillement caricatural digne des classiques de série B.
L’influence rockabilly demeure toutefois incontournable de par son attitude festive empreinte d’assurance et de défiance. L’imposante contrebasse jouée en «slap» n’est pas non plus sans rappeler les orchestres des années 50. «Pour que ce soit du psycho, il faut qu’il y ait du rockabilly et du country mélangés avec l’esprit punk, en évacuant le côté politique pour vraiment s’éclater», résume Flipper, contrebassiste du groupe Gutter Demons.
Vieilles racines riment avec renouveau puisque le psychobilly émerge à Montréal dans une diversité plutôt remarquable. «Tout le monde à Montréal cherche à repousser les limites d’une façon différente. Donc c’est un nouveau son, mais qui reste familier!», explique Johnny, contrebassiste «of the dead» du groupe The Brains. Les groupes de la métropole «sont uniques dans leur genre, mais c’est parce que Montréal a une âme propre à elle-même dans la musique psychobilly. Ici, c’est très mélodique ce qu’on fait. C’est pas britannique!» dit René de la Muerte. Cela dit, il y a dix ans, l’émergence et la commercialisation du psychobilly étaient impossibles en raison de la méconnaissance de ce style musical.
Avant 2002, année d’émergence du psychobilly à Montréal avec l’apparition des principaux groupes locaux tels Gutter Demons et The Brains, le style souffrait d’inexpérience. «Les gens pensaient que c’était du country, du blues ou du jazz. Personne ne comprenait que c’était une attitude punk rock», raconte René.
La popularité de Tiger Army et de Nekromantix, sous l’aile de la réputée maison de disque Hellcat Records, fondée par Tim Armstrong de Rancid, a rendu le psychobilly accessible au plus grand nombre. «Il y a quelques années, on pensait que le psycho allait devenir un peu comme le ska», explique Flipper, en référence à ce style qui s’est vite essoufflé après quelques années de grande popularité. Le dynamisme infusé au style a permis aux Gutter Demons de se produire jusqu’en Europe, leur conférant du même coup le titre d’ambassadeurs du psychobilly du Québec.
Patrick Binette, directeur musical à MusiquePlus, affirme qu’il y a «une scène assez vivante de rockabilly et de psychobilly à Montréal. C’est sûr qu’avec plus de diffusion, ça pourrait devenir populaire. Sauf que, historiquement, quand une sous-culture devient très populaire, c’est souvent sa mort.» L’expansion comporte des effets pervers. Selon Patrick Binette, les maisons de disque vivent actuellement une profonde mutation; elles se dirigent beaucoup plus vers l’exploitation musicale événementielle, à cause du téléchargement, que vers la production de disques compacts. Ce changement de vocation devrait être bénéfique puisque «ce sont des sous-cultures qui se consomment en show, en événements et beaucoup moins sous forme de CD».



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