Des journaux pour les réfugiés
1 04 2007NAIROBI – En circulant dans les camps de réfugiés de Kakuma et Dadaab au Kenya, l’étranger se fait facilement aborder par des dizaines d’individus ayant tous une histoire à raconter, une injustice à dénoncer, un grief à formuler. Leurs vies sont difficiles et leurs histoires tragiques, mais ils ont rarement l’occasion de communiquer leurs craintes et leurs besoins. Ils ont tout autant de difficulté à recevoir des nouvelles de l’extérieur, car l’accès aux médias y est très restreint.
Ces deux camps sont situés dans des régions reculées et difficilement accessibles du Kenya. «Il est très difficile d’avoir accès à des journaux dans le camp, alors l’information est souvent déformée et des rumeurs sans fondement circulent. On ne compte plus le nombre de fois où l’on a dit à tort que le camp allait fermer», explique Grace Keji, rédactrice en chef du Kakuma News Bulletin, un journal produit par les jeunes réfugiés du camp de Kakuma. Ce bulletin, créé en 1993, vise à informer les réfugiés de l’actualité du camp, mais leur offre aussi un forum où s’exprimer librement. On tente également d’y expliquer la situation dans les pays d’origine des réfugiés qui vivent dans l’attente de nouvelles positives, synonymes de rapatriement.
Le Kakuma News Bulletin vise aussi à encourager le dialogue et une meilleure compréhension entre les multiples communautés présentes dans le camp. «C’est très important puisqu’ici de nombreuses nationalités, religions et cultures se côtoient», expose Mme Keji. Le journal est ouvert à tous les jeunes intéressés et suffisamment éduqués, qui peuvent fournir des articles, mais aussi des textes d’opinion, des poèmes ou des récits. Il sert également à faciliter la communication entre les ONG et les réfugiés. Le journal appuie aussi certaines campagnes d’information face à des enjeux plus spécifiques, tels le sida, le mariage forcé ou la violence conjugale.
De l’autre côté du pays, près de la frontière somalienne, les jeunes réfugiés du camp de Dadaab s’apprêtent à lancer eux aussi leur propre journal. «La moitié du camp est formée de jeunes et ils ont besoin d’information sur le camp et l’extérieur», explique Siyad Mohamed Abdi qui termine le montage de la première édition de Youth Views, un bulletin de nouvelles entièrement produit par de jeunes réfugiés. «Nous espérons pouvoir transmettre des informations à la jeunesse sur les problèmes auxquels ils font face dans le camp et les aider à trouver des solutions», ajoute-t-il.
Malgré toute la motivation de leurs jeunes équipes, ces deux publications doivent faire face à de nombreux défis. Leurs ressources sontlimitées, tout comme l’accès aux outils essentiels à la production, notamment le matériel informatique. Ils doivent dépendre d’une façon ou d’une autre de la générosité des ONG présentes dans le camp. Le journal de Dadaab est financé par CARE International qui gère l’ensemble du camp. Quant au Kakuma News Bulletin, il dépend des ordinateurs de l’organisation philanthrope Windle Trust. Le journal doit toutefois être payant afin d’assurer sa survie. Il se vend 30 shillings kenyans, soit environ 50 cents, ce qui limite considérablement sa circulation.
Grâce au financement de CARE, le bulletin de nouvelles de Dadaab sera publié trimestriellement à près de 500 copies qui seront distribuées gratuitement dans les écoles et les lieux publics. Quant au Kakuma News Bulletin, il a commencé en 1993 avec une circulation de 500 exemplaires, mais a depuis perdu son financement et n’est publié aujourd’hui qu’à une quarantaine de copies qui se vendent dans le camp et parmi les ONG. «Notre publication est plutôt instable. Nous essayons de sortir, si possible, tous les mois, mais les fonds manquent souvent», déplore Mme Keji. Elle garde tout de même espoir, puisqu’une ONG internationale songe présentement à financer le journal.
Malgré leurs problèmes, ces deux publications espèrent dépasser le cadre des camps de réfugiés et rejoindre un lectorat plus vaste et plus diversifié. «Nous aimerions faire connaître notre point de vue et nos idées dans le reste du pays, mais aussi à l’extérieur», souligne M. Abdi. Son journal devrait être accessible sur Internet prochainement, tout comme le Kakuma News Bulletin qui a déjà son propre site Web. «Nous voulons faire connaître la situation des réfugiés pour briser les clichés et montrer que nous ne perdons pas espoir», explique Mme Keji.
Ce reportage a été réalisé grâce aux contributions de l’ACDI et du Carrefour international de la presse universitaire francophone (CIPUF).



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