La Russie unie derrière Poutine

par Sonia Mortaigne

20 02 2008

La Russie d’aujourd’hui, ce n’est plus l’URSS. La Russie d’aujourd’hui, ce n’est plus le communisme. La Russie d’aujourd’hui, c’est une économie grandissante. C’est de nouveau un acteur majeur sur la scène internationale. La Russie d’aujourd’hui, c’est celle de Vladimir Poutine, et Vladimir Poutine, c’est l’ordre avant la liberté.
Le 2 décembre dernier, le parti Russie Unie de Poutine a remporté 64% des voix aux élections législatives. Cela lui donne 390 sièges sur 450 à la Douma, le parlement russe, et donc l’assurance de remporter les élections présidentielles du 2 décembre 2008. Qui sera le nouveau président ? Dmitri Medvedev, le dauphin de Poutine est pour l’instant le plus probable. Il a même déjà désigné Poutine comme premier ministre, ce qui assure à celui-ci un «droit moral à gouverner», selon ses propres propos.
Vladimir Poutine est-il un bon président pour la Russie ? Qu’a-t-il fait de bien pour son pays ? Doit-il rester au pouvoir ? Autant de questions souvent posées à la veille de nouvelles élections. Les avis sont partagés : Poutine est perçu tantôt comme le sauveur d’une Russie démolie après la chute de l’URSS, tantôt comme un dictateur ne laissant aucune place à la critique. Pourtant, la Russie est plus unie que jamais derrière son président.

La République de Russie après l’URSS
Depuis la chute de l’URSS, la Russie a connu de multiples transformations politiques. Après la relative libéralisation introduite par Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine, Vladimir Poutine gouverne de façon très autoritaire. La Russie n’est peut-être plus communiste, mais elle n’est pas encore tout à fait démocratique. Kim Yaroshevskaya, la célèbre conteuse de Fanfreluche et Passe-Partout, explique son point de vue sur la politique de son pays natal : «Depuis toujours les despotes prennent le pouvoir. Même si les gens ont des grands idéaux, ils n’arrivent pas à déloger cette facilité depuis toujours pour les despotes de prendre le pouvoir. C’est comme ça, c’est dans l’histoire. Malgré cette volonté de paix, de justice pour tous, de liberté, il y a les despotes qui s’emparent de ce pouvoir et le pervertissent. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas.»

Le renouveau économique
Selon Gala Scobiola, Ukrainienne immigrée au Canada il y a 11 ans et patronne du restaurant Ermitage dans le quartier russe de Montréal, «Quand Poutine est arrivé au pouvoir, il n’était pas encore une grande figure politique, mais il a fait plusieurs bonnes choses. Il a stabilisé l’économie et la politique. C’est moins l’anarchie qu’avant, il a rétabli certaines règles. À l’époque de l’URSS, Moscou était le centre. Tout le monde est d’accord pour dire que c’était mieux que maintenant. Il y avait un vrai circuit économique entre les 15 républiques d’URSS. Aujourd’hui c’est rendu impossible. Bien-sûr, la Russie a évolué, mais pas les républiques, comme l’Ukraine et la Moldavie.»
Pour Gala Scobiola, l’URSS représente un idéal dont elle est nostalgique: «Quand on me demande ce que l’URSS était pour moi, je réponds que si ma fille, qui a 20 ans, pouvait avoir ici tout ce qu’elle aurait eu en URSS, je serais la plus heureuse des femmes. Le Canada est un magnifique pays, mais l’URSS était le plus magnifique de tous les pays. Mais quand vous avez une belle tasse et qu’elle est cassée, il vaut mieux en acheter une nouvelle plutôt que de la réparer. C’est pareil pour l’URSS.»

La Russie et la liberté de la presse
Le manque de liberté de la presse russe est maintenant associé au nom d’Anna Politkovskaïa. Cette journaliste de la Novaïa Gazetta, le dernier journal russe libre et critique à l’égard du gouvernement, a été assassinée le 7 octobre 2006, pour des motifs liés à son activité professionnelle.
Selon Gala Scobiola, cela remet en cause la liberté de pensée et celle de la presse. «Aujourd’hui, la Russie est encore une sorte de dictature ; certains journalistes se retrouvent en hôpital psychiatrique pour avoir critiqué Poutine. C’est tout de même un peu mieux pour les gens, mais on peut encore améliorer la situation. Poutine est un homme qui a travaillé pour le KGB. Il ne peut pas faire tout ce qu’il veut, mais quand on a fait un métier et qu’on connaissait bien son travail, ça reste.»
La Russie actuelle présente ainsi deux facettes : d’un côté, un pays en plein renouvellement, de l’autre, un pays encore loin de tous ses idéaux. Finalement, la Russie est unie derrière son président. Le restera-t-elle encore longtemps ?

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