Pas de médaille pour la Chine

par Julie Blais

20 02 2008

«Les Jeux Olympiques ont souvent été utilisés comme un instrument politique, affirme le spécialiste de l’Asie et professeur associé au Département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, Serge Granger. Les Jeux de 2008, à Pékin, ne sont pas une exception. Il suffit de se rappeler les Jeux de Montréal de 1976 où 28 nations africaines ont refusé de participer pour des raisons politiques».
«Le choix de Pékin comme ville hôte des Jeux Olympiques d’été 2008 a donné l’occasion d’utiliser cet événement comme un instrument de pression sur la Chine pour qu’elle réforme ses politiques en matière de droits humains» soutient Amnistie Internationale dans son rapport publié en août 2007. Dans ce cas-ci, cette instrumentalisation est l’affaire tant des défenseurs des droits humains que du Comité International Olympique (CIO).
Les responsables du CIO étaient conscients, lorsqu’ils ont fait leur choix, que les droits humains n’étaient pas respectés en Chine. Selon Amnistie Internationale, le président du CIO, Jacques Rogge, a déclaré: «nous sommes convaincus que les Jeux Olympiques amélioreront la situation des droits humains en Chine». Pour sa part, la secrétaire générale d’Amnistie Internationale, Irene Khan, souhaite que ces paroles se concrétisent. Elle soutient que «les fondateurs de la Charte olympique ont fermement ancré la préservation de la dignité humaine et le respect des principes éthiques au cœur des Jeux olympiques. En tant que pays hôte des Jeux olympiques, la Chine doit respecter ces principes».
Pourtant, à quelques mois du lancement des Jeux, Amnistie Internationale déplore de nombreuses infractions commises par les autorités chinoises. Leur dernier rapport, publié en août 2007, met en lumière quatre points déficients : l’application de la peine de mort, la détention sans procès, le manque de respect envers les militants pour les droits humains et l’absence de liberté de presse. «La Chine devra améliorer ces points sous peine d’entacher son image», maintient Irene Khan.
Une des violations les plus dénoncées est la liberté de presse. Selon Amnistie International, près de 20 000 journalistes étrangers seront accrédités par la Chine pour couvrir les événements entourant les Jeux olympiques. Ces accréditations accordent une meilleure liberté aux journalistes, afin de couvrir librement des sujets sociaux, politiques ou économiques. Cet engagement est conforme avec la Charte olympique qui stipule que les pays hôtes doivent autoriser la couverture médiatique la plus complète et accessible possible à travers le monde. Pourtant, dans son rapport d’août 2007, Human Rights Watch soutient que cet engagement n’est pas respecté. Il rapporte des propos de journalistes étrangers qui affirment que «les efforts de couverture demeurent régulièrement entravés par des fonctionnaires, des policiers et des voyous en civil qui prétendent ne pas connaître les nouveaux règlements ou les ignorent délibérément».
Selon Amnistie International, ces nouvelles mesures destinées aux journalistes de l’extérieur «ont été introduites dans un contexte de contrôle renforcé de la diffusion d’informations en provenance de l’étranger et de répression accrue des journalistes nationaux». Les journalistes chinois ont une marge de manœuvre réduite. «Le refus de Pékin de garantir des libertés équivalentes aux journalistes chinois non seulement viole la liberté d’expression, mais c’est aussi une forme de discrimination désobligeante contre ses propres citoyens, d’autant plus que la constitution chinoise elle-même garantit la liberté de la presse» déclare le directeur pour l’Asie à Human Rights Watch, Brad Adams.
Selon Serge Granger, il faut nuancer les condamnations faites au pays. «La Chine a établi sa Charte des droits fondamentaux seulement en 2004. Ce geste représente une amélioration. De plus, le système légal en Chine n’existe que depuis 25 ans et son uniformisation dans tout le pays ne s’est effectuée qu’en 2002» soutient-il. Le système légal est donc plus jeune que celui des pays comme l’Angleterre ou la France, et il est normal, selon M. Granger, qu’il reste des améliorations à y apporter. Il reconnaît cependant que «plusieurs autres domaines, dont celui de la liberté de presse et le respect des militants pour les droits humains, n’ont pas connu de développements satisfaisants.»
La Chine est un pays qui a longtemps été fermé au reste du monde. Aujourd’hui, elle commence à s’intégrer en ouvrant son marché au capitalisme, et lui permettre de recevoir les Jeux olympiques est une façon de lui donner une meilleure visibilité dans le monde. Les objectifs des Jeux sont de promouvoir le mélange des savoirs et des cultures et d’améliorer la vie et les droits fondamentaux des populations. Irene Khan soutient cependant que «si les autorités chinoises n’adoptent pas de mesures urgentes pour mettre une terme aux violation des droits humains dans l’année qui vient, elles risquent de ternir l’image de leur pays et celle des Jeux de Pékin.»

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