Une conférence parmi tant d’autres
par Youssef Shoufan
20 02 2008Dans l’acte d’engagement signé le 23 janvier lors de la conférence de Goma en République démocratique du Congo, il est stipulé que «toutes les troupes doivent cesser les hostilités sur tous les terrains militaires, se joindre à l’intégration dans l’armée régulière ou à la réinsertion dans la vie civile, et s’engager à arrêter tout acte de violence ou de discrimination à l’égard des populations civiles, particulièrement les femmes et les enfants.»
Une conférence de paix est bien sûr un bon pas vers la pacification, mais elle ne peut être parfaite. Premièrement, après celle de Goma en janvier, plusieurs représentants de communautés et tribus se sont plaints de ne pas avoir été inclus. Deuxièmement, le probable retrait prochain des troupes serait trop rapide. Dans une rencontre intitulée War, peace and beyond, début 2007, William Swing, chef de mission de la MONUC, conclut «qu’abandonner les sociétés ”post-électorales” prématurément est une très grosse perte pour tout l’investissement qui aura été fait auparavant».
«Ce n’est pas la première conférence de ce genre et ce ne sera pas la dernière non plus. Trois semaines après la conférence, tout sera sûrement tombé à l’eau», explique Daniel Kabasele, qui est né au Congo en 1942 et a fui son pays à cause de ses opinions politiques avec l’aide de l’UNESCO à l’âge de 18 ans. «La volonté de régler ce conflit ne suffit pas. Il faut de la force. 19 000 personnes qui travaillent pour l’ONU, ce n’est pas assez pour un pays aussi grand.»
L’utilité des forces armées
«La nuit, la milice vient et prend avec elle des femmes. Ils vont dans la forêt et reviennent plus tard. […] On ne sait pas quand ils viennent, on ne sait pas pourquoi.» Et quand on demande à Vanessa (nom fictif) si elle a essayé de s’interposer pour éviter le pire à ces femmes, qui étaient parfois des membres de sa famille, elle se contente de répondre que «là-bas, il n’y a pas de droits humains».
Seule, Vanessa a quitté le Congo et toute sa famille à l’aube de 2008, juste avant la conférence de Goma, «pour des raisons de sécurité et à cause de la guerre».
Selon les Nations Unies, environ 27 000 agressions sexuelles ont eu lieu en 2006 dans la province du Sud-Kivu. Les autorités des Nations Unies affirment même que les soldats du gouvernement sont parmi les pires lorsque vient la question des agressions sexuelles. Le nombre de soldats devient inutile si on ne leur fait plus confiance. Idem dans les camps des troupes onusiennes au Congo: on peut y lire des affiches telles que «agression sexuelle: tolérance zéro», et on y offre aussi des programmes aux soldats pour éviter ces horreurs. Mais en réalité, il n’y a rien de parfait.
Vanessa, qui a côtoyé ces abominations, abonde dans ce sens. La jeune femme raconte encore avec dégoût ses histoires: «Les Rastas venaient chercher des femmes dans les maisons, sous le regard des soldats qui ne faisaient rien. Le soir même, ces soldats faisaient la même chose. Ils sont là pour nous aider, mais comment peut-on leur faire confiance maintenant?»
Pourquoi intervenir?
Les États-Unis ont mobilisé un demi-million d’hommes en Irak. Ils en ont aussi déployé plusieurs milliers en Afghanistan. S’ils le voulaient, ils pourraient sûrement aider à réduire la violence dans ce pays. Mais comme le mentionne Monsieur Kabasele qui vit au Québec depuis 1970, aujourd’hui conseiller municipal: «pour le Kosovo on a agi, pour le Rwanda on n’a rien fait. Quand il n’y a pas d’intérêt, il n’y a pas d’intervention. Il y a même un intérêt à ne pas intervenir, comme dans le cas du Congo, où des compagnies tirent profit des affrontements pour vendre leurs diamants qui proviennent de là». Le pays est en effet très riche en ressources naturelles, même s’il est un des plus pauvres du continent.
Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est que comme pour le Darfour, actuellement on ne parle presque plus de ce qui se passe au Congo, à cause de la crise au Kenya, et lorsqu’un autre problème surviendra autre part en Afrique, on oubliera sûrement tout le reste.



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