Une étudiante de l’UQAM retenue à Téhéran
18 10 2007Mehrnoushe Solouki, une Franco-Iranienne doctorante à l’UQAM, a été arrêtée le 17 février dernier en Iran alors qu’elle effectuait, dans le cadre de ses recherches, un documentaire abordant un massacre survenu en 1988. Relâchée après un mois de détention, elle attend toujours son film, ses papiers iraniens et la permission de quitter le pays des ayatollahs.
Rejointe par téléphone à l’ambassade de France à Téhéran où elle loge présentement, Madame Solouki explique qu’à l’origine, elle souhaitait réaliser un documentaire sur les «cimetières des minorités religieuses», un projet pour lequel elle possédait toutes les autorisations exigées. Cependant, une fois arrivée à Téhéran, elle a «développé» son idée pour traiter la question des «événements d’août 88» lors desquels le régime de l’époque a exécuté des milliers de dissidents politiques.
Cet écart a valu à la cinéaste de 38 ans la saisie de son ordinateur, dans lequel se trouvaient «toutes ses recherches», ainsi qu’une détention à la tristement célèbre prison d’Evin, dans la section 209, celle-là même où la photographe montréalaise Zahra Kazemi a été battue à mort par ses geôliers. Privée de tout repère et de tout moyen de communication, elle s’est retrouvée complètement coupée du monde. «C’est un peu comme si on entrait dans une tombe», raconte-t-elle en parlant de ses conditions d’emprisonnement.
Libérée le 19 mars 2007, elle devra cependant se présenter en cour le 4 novembre, faute de quoi les autorités iraniennes saisiront la maison de ses parents qui vivent toujours à Téhéran. Des accusations de «propagande contre le régime en lien avec la tentative de réalisation d’un film» ont été portées. Dans l’attente, la doctorante est restée chez ses parents comme une «invitée qui s’éternise», avant de se déplacer à l’ambassade française au début du mois de septembre.
Lors de son arrivée en Iran, Mehrnoushe Solouki était membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Le Secrétaire général de la FPJQ, Claude Robillard, a toutefois expliqué lors d’un entretien téléphonique que le dossier ne relevait pas de son organisme. La FPJQ n’avait pu que contacter Reporters sans frontières (RSF) qui avait déjà pris la situation en mains. D’ailleurs, Madame Solouki souligne qu’il s’agit de la seule organisation présente à ses côtés depuis le début de cette histoire.
Le Canada ne doit pas s’impliquer
«La situation de Madame Solouki est tragique», affirme le président de Reporters sans frontières Canada, François Bugingo. «En tant que résidente permanente canadienne, Madame Solouki a droit à une certaine protection consulaire du gouvernement canadien» explique-t-il. Cependant, «le Canada, qui est parti en guerre ouverte avec l’Iran depuis l’assassinat de Zahra Kazemi, n’était pas vraiment le bon cheval sur lequel miser» pour négocier avec l’Iran. Au moment de l’arrestation de Madame Solouki, Reporters sans frontières a donc fait appel à la France avec qui l’Iran entretenait de bonnes relations. Le gouvernement français a toutefois changé et Monsieur Bugingo précise que «Bernard Kouchner, le nouveau ministre des Affaires étrangères, tient un discours beaucoup plus musclé vis-à-vis de Téhéran, retardant ainsi les pourparlers avec le régime de Mahmoud Ahmadinejad et, par le fait même, la libération de Madame Solouki.»
«En Iran, la liberté de presse n’existe tout simplement pas», critique Monsieur Bugingo. Depuis quelques années, l’Iran «a réussi à faire taire toute l’opposition, à mettre aux pas la quasi-totalité des journalistes», ceux qui osent parler se retrouvant en prison ou étant contraints à l’exil. La réelle opposition, affirme monsieur Bugingo, provient désormais des membres de la diaspora iranienne. Le régime iranien a ainsi augmenté la surveillance des binationaux dits plus «critiques» et qui sont présents en Iran, une «nouvelle paranoïa» dont Madame Solouki subit les contretemps, déplore le président de RSF Canada.
Une réaction qui se fait attendre
Lors de son entrevue téléphonique, Mehrnoushe Solouki s’est dite «surprise de l’absence de support de la part de la direction de l’UQAM». La Directrice des relations avec la presse et événements spéciaux de l’UQAM, Madame Francine Jacques, a manifesté son inquiétude par rapport à la situation de la doctorante, mais a confirmé la décision de l’UQAM de demeurer en dehors des procédures. En effet, à la suite d’une discussion avec le Directeur du service des affaires juridiques, Monsieur Normand Petitclerc, la direction de l’UQAM a jugé qu’il valait mieux ne pas s’impliquer dans ce dossier, selon elle, qui ne relève pas de son champ d’intervention. De même, le directeur de recherche de Madame Solouki, Monsieur Louis Jacob, a dit «n’avoir eu aucun contact» avec son étudiante depuis son départ pour l’Iran. Malgré tout, Madame Solouki reste optimiste, entre autres grâce au support de ses amis qui ont mis sur pied le site www.freesolouki.org afin de lui venir en aide.



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