Viols d’enfants en Afrique du Sud

par Marc-André Sabourin

20 02 2008

L’Afrique du Sud enregistre annuellement l’un des plus haut taux de viols par habitant pour un pays en temps de paix. Pour l’année 2006-2007 seulement, près de 53 000 agressions sexuelles ont été répertoriées par les services de police sud-africains. Les enfants sont particulièrement touchés par cette réalité que peine à s’expliquer la population sud-africaine.
D’après les forces de l’ordre, le nombre de viols commis par année n’a jamais été en deçà de 52 000 depuis 2001, année à partir de laquelle les données sont disponibles. De ce nombre, près de 20 000 viols par an ont été perpétrés sur des enfants âgés entre zéro et 17 ans.
Si ces chiffres semblent énormes, ils ne constituent que la pointe de l’iceberg, selon la Teddy Bear Clinic, un établissement de Johannesburg spécialisé dans le traitement d’enfants violés. «Les statistiques sont extrêmement imprécises, puisque plusieurs des viols ne sont pas rapportés à la police», explique par téléphone le responsable de la clinique, Luke Lamprecht. Même lorsque la victime porte plainte, les autorités n’ouvrent pas toujours un dossier officiel. «Le gouvernement juge l’efficacité de la police avec les statistiques du crime. Celle-ci n’a pas intérêt à ce que la criminalité augmente sur papier.»
De toutes les plaintes enregistrées, peu mènent à des accusations formelles. En 2004, sur les quelques 20 000 agressions officielles commises sur des enfants, la moitié des cas se sont rendus jusqu’en Cour et 10 % se sont conclus par une inculpation.

Cas extrême
Plus que les statistiques, ce sont des viols particulièrement médiatisés qui ont attiré le regard de l’Afrique du Sud sur ce problème de société. En décembre 2001, Vyanna, âgée de 5 mois, a été violée dans un quartier pauvre de Johannesburg, alors que sa mère l’avait laissée sans surveillance pour aller consommer de l’alcool. Après plusieurs opérations, le bébé a survécu et mène maintenant une vie normale dans une famille adoptive. Le ou les responsables du crime n’ont jamais été retrouvés.
L’histoire, largement reprise dans les journaux nationaux, a soulevé l’indignation de la population sud-africaine. Plusieurs médias ont suggéré que le nombre élevé de viols commis sur des enfants était causé par le «mythe de la vierge». Selon celui-ci, avoir une relation sexuelle non protégée complète avec une vierge permettrait de guérir du SIDA. L’explication peut sembler possible dans un pays où 20 % de la population adulte serait porteuse du virus d’immunodéficience humaine (VIH).
L’hypothèse du mythe est toutefois rejetée par le journaliste Jeremy Gans, réalisateur d’un reportage sur le viol en Afrique du Sud. «La plupart des personnes porteuses du VIH ignorent qu’elles sont séropositives.» Dans un tel cas, difficile de croire que toutes ces agressions sont commises à cause d’une croyance. Luke Lemprecht abonde dans le même sens. «En 16 ans de travail, sur des milliers de cas, j’en ai vu un seul où le viol avait été commis à cause de ce mythe.»
Jeremy Gans explique le nombre élevé d’agressions par le passé violent de l’Afrique du Sud, qui a connu des guerres tribales, l’époque coloniale et l’apartheid, noircissant les perspectives d’avenir de la jeunesse du pays. «Plusieurs Sud-Africains considèrent vivre une vie sans valeur. Cela créé un sentiment de désespoir à l’échelle nationale.»

Société patriarcale
«Il n’y a aucune évidence que le mythe de la vierge soit l’une des causes principales du viol d’enfants», affirme la directrice de l’Unité de recherche sur le genre et la santé d’Afrique du Sud, la docteure Rachel Jewkes. Dans une étude publiée en 2005, la Dr Jewkes avance plutôt que le taux élevé de viols tire ses racines dans l’idéologie patriarcale qui domine le pays. «Dans une société où l’homme considère avoir le contrôle sur les femmes et les enfants, le viol est souvent considéré comme une punition, une manière d’exercer son pouvoir», précise-t-elle.
La recherche démontre également que les victimes de viol sont parfois tenues davantage responsables que les violeurs eux-mêmes. Dans un témoignage rapporté dans l’étude, une Sud-Africaine de 18 ans expliquait «qu’une fille se faisant violer alors qu’elle porte des vêtements serrés n’a qu’elle-même à blâmer.»
À la lumière de ces résultats, Rachel Jewkes soutient que la lutte contre le viol en Afrique du Sud passe d’abord et avant tout par l’égalité entre les hommes et les femmes grâce à l’éducation citoyenne. Une solution appuyée par Luke Lamprecht qui croit que «tous les acteurs sociaux doivent s’unir dans ce combat.»

Actions

Informations

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises html : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

For spam detection purposes, please copy the number 2363 to the field below: