Donner par défaut

par Virginie Drouin-Raymond

20 02 2008

Le fossé se creuse entre le nombre d’organes disponibles et le nombre de patients en attente. Selon Québec-Transplant, l’organisme mandaté par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec pour coordonner le don d’organes, 37 personnes sont décédées en attendant une transplantation en 2006.
Georges Marcello s’impatiente. Ce Torontois greffé du foie parcourt le Canada depuis plus de dix ans afin de convaincre les autorités d’adopter un régime basé sur le consentement présumé. Ce Terry Fox de la transplantation croit que les listes d’attentes diminueraient résolument si ce changement était effectué. Lors de son passage au Québec, à l’automne 2007, Georges Marcello a rencontré Mario Dumont. «Le chef de l’Action démocratique du Québec semblait plutôt réceptif à l’idée du consentement présumé», a-t-il fait remarquer.

Consentement obligatoire

Pour le moment, le consentement explicite prévaut dans la province de Québec et chez ses homologues canadiennes. «Au Canada, le don d’organes est basé sur le principe de volontariat. Ici, on signe l’autocollant au dos de la carte d’assurance-maladie. En Colombie-Britannique, on s’inscrit sur un registre», indique Isabelle Gendron, directrice de la Fondation Diane Hébert pour le don d’organes. En l’absence du consentement du défunt, une autorisation est demandée aux personnes qui auraient été habilitées à ses soins de son vivant. Le consentement implicite ou présumé permute le processus : la personne qui ne veut pas léguer ses organes et ses tissus doit signaler son refus. En l’absence de ce refus, le consentement au don d’organes est présumé.
La professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval, Édith Deleury, soutient que le principe du consentement implicite va à l’encontre du principe d’autonomie prescrit dans le Code civil. «Au Québec, l’expression de la volonté est respectée. On a mis en place des mesures. On est appelé à chaque renouvellement de la carte d’assurance maladie à faire don de ses organes.» Des difficultés d’application sont d’autre part relevées dans les pays où le consentement présumé est en vigueur; il est délicat de négliger le consentement des familles, surtout en situation de deuil. «Le prélèvement d’organes sur un individu dont la famille est opposée va réduire, par la mauvaise publicité, le peu de dons qu’on pourrait obtenir au cours de la même année. Une famille qui n’est pas d’accord ne collaborera pas avec le personnel pour remplir le formulaire médical. Le témoignage de la famille est important, car il donne des indices sur la qualité des organes à prélever», précise Mme Gendron.
Donneurs recherchés
La rareté des donneurs potentiels est la principale cause d’insuffisance d’organes. Selon Québec-Transplant, 1,4 % des décès se produisent dans des circonstances propices au don d’organes. Le donneur potentiel doit être en état de décès neurologique et sous respiration assistée. «Actuellement, autour d’un millier de personnes attendent des organes au Québec. Le consentement présumé est la seule solution pour lutter contre cette pénurie», argue Richard Tremblay, président de l’Association canadienne des dons d’organes.
Les études pancanadiennes menées par Georges Marcello et son organisation charitable Step by Step dévoilent que les Canadiens appuieraient un système basé sur le consentement présumé. «Le Canada devrait adopter cette méthode sur-le-champ. Des milliers de vies seraient sauvées, comme le prouve l’expérience dans les autres pays.»

Quand on se compare, on se désole
Lorsqu’il réfère à l’étranger, Marcello pense surtout à l’Espagne. Le pays de la corrida a adopté un système basé sur le consentement présumé il y a plus de vingt ans. Il est devenu chef de file en matière de transplantation. Le taux de donneurs par million d’habitants est de 34,6; plus du double du taux canadien. Les experts ne s’entendent pas encore sur la cause exacte de ce succès. Ils ignorent si cette performance résulte de l’usage du consentement implicite ou de facteurs extérieurs. «L’Espagne organise aussi beaucoup d’événements pour promouvoir le don d’organe et ça marche», signale Me Deleury. La France, la Belgique, l’Autriche, la Finlande et le Portugal ont également emprunté cette voie.
De grands pas ont aussi été réalisés dans le système hospitalier espagnol. L’identification des donneurs potentiels y est facilitée. «On tente d’appliquer cette recette au Québec», indique Mme Gendron. Le docteur Marc Germain, vice-président aux Tissus humains chez Héma-Québec, félicite parallèlement les efforts ontariens. «Un règlement oblige les hôpitaux à aviser les agences de prélèvement d’organes s’il y a un donneur potentiel.»
Des changements sont à prévoir dans le système de transplantation canadien. Peter Kormos, un député du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, devrait déposer pour la troisième fois un projet de loi privé portant sur cette présomption au don. En attendant, George Marcello poursuit sa marche à travers «le plus meilleur pays du monde», flambeau de l’espoir en main.

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