Eau Canada

par Guillaume Côté-Légaré

20 02 2008

Le Manitoba et le Dakota du Nord sont divisés par plusieurs rivières et bassins, dont celui de la baie d’Hudson. La majorité de l’eau douce de ces cours d’eau se retrouve du côté manitobain de la frontière, ce qui fait en sorte que des pénuries d’eau sont fréquentes au Dakota du Nord. C’est pourquoi le Northwest Area Water Supply Project (NAWS) fut créé par le gouvernement de cet État américain. Ce projet consiste en l’établissement d’un pipeline capable de transférer l’eau douce de la rivière Missouri jusqu’aux communautés du bassin de la baie d’Hudson afin de leur faciliter l’accès à l’eau potable. Cette initiative permettrait de contrer les sécheresses et pénuries d’eau récurrentes au Dakota du Nord. Un seul hic: le Canada s’y oppose farouchement.
Transférer de l’eau d’un bassin à un autre peut s’avérer risqué. En effet, puisque les divers bassins ne sont pas naturellement reliés, différents écosystèmes se sont formés dans chacun d’entre eux. Mélanger ces écosystèmes pourrait engendrer de graves dommages environnementaux. David Bird, professeur et membre du département des sciences biologiques de l’UQAM, explique que ces écosystèmes ont plus de 12 000 ans d’évolution de différence, et qu’«un détournement de bassin pourrait entraîner des changements importants et des bouleversements graves». Il cite l’exemple d’un projet de diversion qui a mal tourné et qui a introduit un organisme inconnu dans la région des Grands Lacs: la moule zébrée. L’introduction de ce corps étranger «a changé à jamais l’écosystème des Grands Lacs, en plus de causer d’importants dommages chaque année».

Dangers potentiels
Ainsi, le gouvernement manitobain se montre inquiet face au projet de construction du pipeline. S’il y a déversement accidentel, les eaux de bassins se mélangeront et remonteront jusqu’aux écosystèmes marins du Manitoba. «Le détournement permanent des eaux à grande échelle entre la rivière Missouri et les bassins de la baie d’Hudson pourrait causer un tort irréversibles aux ressources aquatiques du Manitoba», explique le gouvernement manitobain. Le Canada a donc rejeté la proposition du projet NAWS, jugeant qu’il comportait de sérieuses lacunes concernant la structure des pipelines et le prétraitement des eaux. Ces lacunes pourraient engendrer des dommages irréparables.
Toutefois, si le projet de dérivation n’a pas lieu, c’est le Dakota du Nord qui en subira les conséquences. La situation pourrait en effet se détériorer pour cet État où les sécheresses sévères sont monnaie courante. La Garrison Diversion, un organisme dont le mandat est d’empêcher d’éventuelles sécheresses au Dakota du Nord et de trouver des solutions aux problèmes de dérivation, a été chargée par le gouvernement américain de mettre un terme à ce conflit qui persiste. «Si le Dakota du Nord n’est pas prêt à affronter une sécheresse majeure, cela entrainerait des conséquences économiques de deux milliards de dollars par sécheresse», explique Merri Mooridian, directrice des communications du Garrison Diversion Conservancy District.

Une affaire d’État loin d’être réglée
Puisque le Canada et les États-Unis partagent une frontière à la fois terrestre et maritime, un organisme indépendant a été créé pour s’occuper de problèmes de la sorte: La Commission mixte internationale (CMI). Cet organisme indépendant et binational est une instance qui s’occupe des conflits relatifs aux eaux limitrophes des deux pays. Cependant, la CMI ne s’est toujours pas prononcé sur la situation de la rivière Missouri. En janvier dernier, la secrétaire d’État américaine Condoleeza Rice a été nommée médiatrice dans le dossier, faisant ainsi de ce problème une affaire d’État.
Depuis, la situation ne semble pas évoluer. Si le projet NAWS est rejeté, la population du Dakota du Nord et la Garrison Diversion devront trouver un autre moyen afin de se préparer pour une éventuelle sécheresse. Par contre, si le projet est approuvé, il faudra éliminer la menace de transfert des eaux pour ne pas confronter le Canada à des problèmes environnementaux qui pourraient se chiffrer à des milliards de dollars.
Le conflit de la rivière Missouri n’est pas le seul qui oppose le Dakota du Nord au Manitoba. Un projet semblable, celui du lac du Diable, est aussi sur la table et présente des caractéristiques similaires. Bref, les divers litiges ne risquent pas de se régler si aucun des deux partis n’est prêt à mettre de l’eau dans son vin.

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