Pendant que la Belgique éclate
par Mathieu Papillon
15 12 2007Vous souvenez-vous du canular de la RTBF, la chaîne nationale belge? Le présentateur vedette du journal télévisé, François de Brigode, annonçait solennellement, le 13 décembre 2006, images choc à l’appui, l’impensable. «La Flandre a proclamé son indépendance. Le Roi a quitté le pays. La Belgique n’existe plus.» L’annonce a eu l’effet d’une bombe nucléaire. La réaction des téléspectateurs a été comparable à celle des Américains quand ils ont cru, en 1938, être attaqués par des petits hommes verts.
La panique. Présenter aujourd’hui un nouveau docu-fiction sur la sécession de la Flandre ne constituerait rien de moins qu’un suicide pour la RTBF. De la même façon qu’on ne parle pas de la mort de son grand-père quand celui-ci est mourrant.
Alors qu’au Canada, les médias nous rebattent les oreilles avec les déclarations incendiaires du culotté Karlheinz Schreber - et qu’on nous le montre perdre ses culottes - , rien ne va plus au plat pays. La Belgique vit sa plus longue crise politique et institutionnelle depuis la création du royaume en 1830. Vainqueur des législatives du 10 juin dernier, le chef du Parti chrétien-démocrate flamand (CDV) et président sortant de la région Flandre, Yves Leterme, a échoué à élaborer un plan de réformes qui contente autant les Wallons francophones que les Flamands. Laissant de côté sa volonté de devenir le prochain premier ministre, Leterme a remis, pour la deuxième fois, le 1er décembre, sa démission au roi Albert II. Le monarque l’a cette fois acceptée.
«Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à l’évaporation d’un pays», notait en septembre dernier un diplomate de haut rang en poste à Bruxelles au correspondant du quotidien français Libération. La crise entre Flamands et francophones de Wallonie et de Bruxelles a depuis pris de l’ampleur. Il est d’ailleurs improbable qu’une coalition soit formée sur les bases des résultats électoraux du 10 juin dernier.
Force est de constater, après 180 jours de crise, que l’avenir de la Belgique est aujourd’hui plus qu’incertain.
Surnommé M. 800 000 voix au Nord du pays, Yves Leterme, s’est montré incapable de concilier les positions des partis libéraux et chrétiens-démocrates tant francophones que néerlandophones. Le Parti chrétien-démocrate flamand (CDV) avait remporté le scrutin du 10 juin dernier avec l’aide du N-VA, un petit parti nationaliste flamand. Le N-VA a rapidement revendiqué une plus grande autonomie de la Flandre au sein de la Belgique. Ou à l’extérieur de la Belgique.
Le parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang n’a d’ailleurs pas tardé à demander des «discussions pour préparer la scission du pays». Le 7 novembre dernier, les parlementaires du CDV ont voté en faveur d’un amendement qui vise à «flamandiser» la couronne métropolitaine bruxelloise.
Une réforme de l’État apparaît désormais inévitable. Le premier ministre sortant, Guy Verhofstad, en est persuadé. L’idée qu’un gouvernement stable soit formé à l’issue de cette crise est utopique. «Le fédéralisme ne marche plus, nous vivons dans une crise de régime», croit le sénateur régionaliste flamand, Jean-Marie Dedecker.
D’un côté, les Flamands néerlandophones réclament une réforme de l’État afin qu’une plus grande autonomie soit accordée à leurs régions. Un sondage réalisé à la fin de l’été montrait que 43 % d’entre eux étaient favorables à l’indépendance. De l’autre côté, les Wallons et les Bruxellois francophones veulent à tout prix éviter une désintégration de la Belgique. Près de 90 % souhaitent que que l’État belge demeure uni.
Une classe politique qui n’est plus en phase avec la population
Ils étaient environ 35 000 personnes à descendre le 18 novembre dans les rues de Bruxelles. «Vive le Roi», «vive l’unité» et «non au divorce», ont-ils scandé. «Pour que les Wallons, les Flamands et les germanophones vivent ensemble en paix. Ce qu’ils font d’ailleurs tous les jours, a tenu à dire un manifestant à un reporter de Radio France International. Ce sont que les politiques qui sèment la polémique. Dès que les politiques s’en mêlent, c’est foutu.»
Que les négociateurs des différents partis politiques se le tiennent pour dit. Les Belges devraient quant à eux montrer à quel point les querelles politiques doivent cesser et qu’un compromis acceptable pour tous est encore possible.
C’est donc le retour à la case départ. Le roi Albert II devrait sous peu nommer un successeur à Yves Leterme. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau formateur du gouvernement héritera de rien de moins qu’un champ de ruines.
Des élections régionales auront lieu en juin 2009. Si, d’ici là, les indépendantistes flamands gagnent des appuis, les élections auront peut-être raison de la Belgique.
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Les néerlandophones et les francophones représentent respectivement 60 % et 40 % des 10,5 millions de Belges.
En Wallonie, il est uniquement possible de voter pour des partis francophones, alors qu’en Flandre, à l’exception de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, seuls des candidats flamands peuvent se porter candidats.



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