Tournée de W.Bush au Moyen-Orient
20 02 2008Le président américain Georges W. Bush achevait le 16 janvier dernier sa première tournée au Moyen-Orient depuis qu’il est devenu président, il y a sept ans. Une tournée que tous les observateurs se sont accordés à qualifier d’inutile. Inutile, parce qu’il est clair qu’elle n’a rien apporté par rapport à ses deux objectifs annoncés: faire avancer le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens et forger un front uni contre la menace iranienne.
Guerre des nerfs
Pourtant, les monarques et présidents arabes ont bien pris le soin de lui réserver «l’accueil impérial», comme titrait un journal du minuscule royaume pétrolier du Bahreïn, qui abrite le Q.G. de la 5ème flotte américaine. Mais ni ses discours sur la liberté qu’il souhaitait aux peuples de la région, ni ses mots durs réservés à l’Iran, qu’il a qualifié de «parrain du terrorisme dans le monde», ne semblaient encore convaincre ses alliés arabes modérés de s’embarquer avec lui dans une nouvelle aventure poudrière contre les mollahs de Téhéran. Le dernier rapport de la CIA affirmant que l’Iran avait arrêté son programme nucléaire militaire depuis 2003 doit y être pour quelque chose dans leur hésitation, mais c’est sans doute le cuisant échec américain en Irak qui les hante encore. Un Irak meurtri, détruit et devenu à la fois «la terre promise» d’Al-Qaïda et la zone d’influence de l’Iran. Ce dernier qui, tout en poursuivant son jeu du chat et la souris avec l’Occident, tape de plus en plus sur les nerfs des impuissants maîtres de la Maison Blanche. La dernière altercation entre navires iraniens et américains dans le passage d’Hormouz en dit long sur le moral élevé des troupes iraniennes.
Adieu démocratie
Les grands perdants de cette tournée ont été sans doute, encore une fois, les peuples arabes. Ces peuples qui avaient cru à un certain moment que les États-Unis étaient sérieux dans leur désir de supporter la démocratie dans «le Grand Moyen-Orient» ont mesuré de nouveau toute l’hypocrisie du discours diplomatique américain. Mais pouvait-il en être autrement, sachant que les rares pas réformistes faits par l’Arabie Saoudite, l’autorité palestinienne et l’Égypte ont profité en premier lieu à des forces d’opposition, islamistes mais aussi gauchistes et nationalistes arabes. Des forces farouchement opposées à la politique américaine dans le Moyen-Orient. Apparemment, les stratèges néo-conservateurs ont cru qu’il serait facile de propulser au premier plan, à coups d’aide financière, de stages de formation et de discours mielleux sur la liberté made in USA, ceux qu’ils qualifient de «modérés». De toute évidence, la tâche n’était pas très aisée pour Mahmoud Abbas en Palestine, le camp du Premier ministre libanais Foued Saniora au Liban, ou encore dans d’autres pays arabes, les quelques intellectuels qui ont troqué leurs anciennes idéologies communistes contre des habits de «néo-libéraux». Ils n’avaient peut-être pas les moyens de faire oublier aux Arabes les désastreux résultats de l’invasion américaine en Irak et surtout la responsabilité américaine directe dans le chronique calvaire de leurs frères Palestiniens.
Passion aveugle
C’est que les peuples arabes ne cherchaient qu’à croire Georges Bush quand il avait parlé, suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, d’erreurs commises par les gouvernements de son pays dans le Moyen-Orient durant les dernières cinq décennies. Lorsqu’il a reconnu le tort de soutenir les dictatures arabes, ils se sont dit: «Ça y est ! Ils ont compris pourquoi on ne veut plus entendre parler des Américains et de leurs alliés occidentaux». Et ils y ont cru encore plus lorsqu’il s’est engagé à aider les Palestiniens à obtenir, enfin, leur indépendance. Mais le rêve n’a pas duré longtemps pour eux. Ils ont très vite été secoués par les bombes rasant Bagdad, avant de constater que ces mêmes bombes ont anéanti aussi leurs espoirs démocratiques naissants. En effet, le bourbier irakien s’est chargé de tempérer l’euphorie démocratique américaine et du coup les régimes arabes pressés de se démocratiser avaient repris de plus belle la répression de leurs oppositions. En Égypte, on commençait déjà à rêver de changement. Le Mouvement Kifaya (Assez! en arabe) avait réussi, dans l’intervalle de quelques mois, à réveiller les ardeurs des activistes égyptiens et à les rassembler contres les velléités monarchiques du vieillissant Houssni Moubarak cherchant à léguer le pouvoir à son fils.
Le «tort» de ces élites arabes était, semble-t-il, de ne pas cadrer avec les plans de l’administration Bush. Cette dernière cherchait plutôt des démocrates «à l’irakienne» ; autrement dit, de gentils chefs de milices communautaristes, obéissants et n’ayant pas d’attachement spécial à la cause palestinienne. La passion aveugle des politiciens américains pour l’État sioniste l’a donc emporté encore une fois sur les obligations de la démocratie et la paix juste dans la région. Un autre fait révélateur : le Président américain avait boudé, lors de sa visite, l’Émirat du Qatar, abritant le siège de la célèbre chaîne Al-Jazira, accusée par Washington de partialité contre elle et contre Israël, et haïe par les régimes en place pour son rôle prépondérant dans la couverture, voire l’exaltation, des aspirations démocratiques des Arabes.



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