Paysages québécois à vendre

par Judith Plamondon

18 10 2007

Entrevue avec Sylvie Paré
directrice du baccalauréat en urbanisme à l’UQAM

Quels sont selon vous les impacts négatifs et positifs des panneaux publicitaires le long des routes?
Les impacts de l’affichage publicitaire extérieur sur notre espace visuel ne sont pas toujours positifs, il faut le reconnaître. Pourtant, dans certains pays, notamment en France, le panneau publicitaire est si près de l’art, dans sa plus belle expression! Je crois que nous pourrions et que nous devrions nous inspirer de leur approche publicitaire sur les grandes voies de circulation.

Si toutes les compagnies
adaptaient leurs structures à leur environnement respectif,
l’affichage extérieur serait-il moins dérangeant visuellement?

Pas forcément. Il faut que ce soit les milieux d’accueil eux-mêmes qui décident et jugent des impacts visuel, régional et local -et à la limite, touristique- qu’engendrerait une certaine structure publicitaire. Leur décision dépendra de si l’effet sera ou non positif à long terme, en tenant compte bien entendu des règles en vigueur dans la municipalité ciblée.

Pourquoi et dans quelle mesure devrions-nous interdire ou, du moins, mieux encadrer l’affichage publicitaire extérieur?

La tradition de l’affichage au Québec n’a pas forcément été guidée par des lignes directrices qui menaient toujours à un paysage harmonieux! La Loi sur l’aménagement et l’urbanisme a toutefois permis, dans les années 1980, d’apporter des correctifs significatifs à la réglementation municipale. Le Québec se dotait enfin d’instruments – outils légaux et réglementaires – pour mieux gérer le territoire en matière d’urbanisme, notamment au niveau de l’affichage publicitaire. Notre histoire nous permet maintenant de ne pas recourir à des mesures ou lois aussi drastiques que celles adoptées récemment à São Paulo. Depuis les 25 dernières années, l’ordre a été progressivement rétabli au Québec ou est en voie de l’être…

Plusieurs villes du Québec ont instauré un programme de revitalisation
de l’affichage publicitaire.
Qu’en pensez-vous? Est-ce un bon compromis pour préserver l’esthétisme de notre espace visuel, un bien public?

Ces programmes existent depuis longtemps. Certaines municipalités s’en prévalent de plus en plus et c’est tant mieux! Comme je le disais, l’ordre se rétablit petit à petit…

Quelles exigences devraient au
minimum inclure les municipalités à leur réglementation pour limiter les dégâts causés par l’affichage?

À l’heure actuelle, les efforts qui sont déployés par les municipalités ne suffisent pas à transformer rapidement le paysage – celui qui comporte des nuisances visuelles – pour qu’on s’en réjouisse. Nos étudiants en urbanisme apprennent justement à trouver des solutions pour contourner le problème des panneaux d’affichage bénéficiant de droits acquis. On a qu’à penser au boulevard Taschereau, sur la Rive-Sud de Montréal, comme exemple urgent d’intervention.

Aux dires de certains annonceurs, l’interdiction des
panneaux d’affichage publicitaire extérieurs irait à
l’encontre de la liberté d’expression, protégée par la Chartre canadienne des droits et libertés. Qu’en pensez-vous?

On ne peut pas réduire cette question de droit d’expression aux obligations de la Charte. C’est nettement plus complexe et on le voit très bien dans le débat actuel en matière d’accommodements raisonnables… Si le bien collectif – dans le cas présent, le patrimoine et les paysages – devient brimé par le droit individuel – ici, celui des annonceurs –, il y a alors un problème qui relève des instances juridiques appropriées.

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