Pour le meilleur et pour le pire
15 12 2007Les gisements de pétrole de l’Alberta ont fait de la province l’une des régions les plus riches en Amérique du Nord. Alléchés par la situation économique albertaine en pleine santé, plusieurs Québécois ont quitté la Belle Province pour tenter leur chance dans l’Ouest. Pour le meilleur et pour le pire.
L’exode des travailleurs peut être très bénéfique pour les régions plus fragiles économiquement, à conditions que les Québécois reviennent y dépenser leur argent. Avec son magot, Jacques Henry a pu s’acheter une maison dans son coin de pays en Gaspésie. «Ça fait rouler l’économie d’ici, ça amène du nouvel argent», ajoute Pierre Lecompte, coordonnateur des relations Québec-Alberta pour la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) en construction. Encadrés par la FTQ, ils peuvent faire jusqu’à 1300 $ net par semaine. Un séjour de trois mois permet aussi aux Québécois de travailler le temps minimum requis pour toucher l’assurance-emploi.
La lune de miel peut toutefois s’avérer plus courte que prévu. En janvier dernier, Sébastien Rioux, un charpentier menuisier de Rimouski, est parti travailler pour la compagnie de construction Vison Drift Home en Alberta. Au téléphone, on lui avait promis un salaire de 18 $ de l’heure et un repas préparé pour le midi. Après deux jours de travail, le cuisinier engagé par la compagnie travaillait avec eux sur le chantier plutôt que dans la cuisine. Les employeurs ont aussi annoncé à M. Rioux qu’ils diminueraient son salaire à 15 $ de l’heure. Insatisfait de ses nouvelles conditions, Sébastien Rioux est revenu au Québec. Mais il refuse de généraliser. «Pour moi, ça a mal été, mais il y en a pour qui ça va bien.»
Les travailleurs québécois encadrés par un syndicat sont rarement confrontés à ce genre de situations. «Nos gars sont couverts mur à mur là-bas», affirme Pierre Lecompte. Les salaires en construction, qui sont fixés par une convention collective, oscillent entre 30 $ et 34 $ de l’heure tout dépendant du métier. Les travailleurs doivent toutefois posséder leur carte de compétence avant de partir. 450 syndiqués de la FTQ-Construction qui sont actuellement en Alberta. Mais la FTQ ne fait affaire qu’avec les compagnies syndiquées de la construction, qui ne représentent que 40 % du marché albertain.
La FTQ choisit les travailleurs en fonction du taux de chômage de leur région administrative. Actuellement, la Gaspésie et Montréal sont privilégiées. «On s’attend aussi à une augmentation du chômage en Estrie parce que des contrats (de construction) finissent», ajoute Pierre Lecompte. Durant la saison morte de l’hiver, ils peuvent ainsi dénicher des contrats dans l’Ouest canadien.
Pour ceux qui ne possèdent pas de formation, les conditions de travail sont plus difficiles. Il y a huit ans, Jacques Henry quittait la Gaspésie pour aller travailler chez Conquest, une compagnie de prospection pétrolière non syndiquée. Il a commencé au bas de l’échelle à un salaire de 6,85 $ de l’heure, à raison de 13 heures de travail par jour. «C’était un travail très physique.» Les patrons mettaient beaucoup de pression sur leurs employés afin d’augmenter leur productivité, négligeant parfois l’aspect sécuritaire. Pierre Lecompte assure que la situation est complètement différente pour ses employés, pour qui la sécurité est la priorité. Les compagnies s’assurent aussi de l’état de santé de leurs salariés. «Les travailleurs que j’envoie là-bas doivent passer un test anti-drogue», affirme Jean-Yves Covier, coordonnateur des relations Québec-Alberta pour la FTQ Construction. Cette pratique serait aussi en vigueur chez les compagnies non syndiquées.
Il reconnaît toutefois que l’hébergement pour les travailleurs laisse parfois à désirer. Dépendamment des chantiers, la qualité de vie des camps de travailleurs ne serait pas la même. Alain Harisson, représentant de la FTQ, explique cela par l’empressement des compagnies à construire les installations. «Ils veulent tellement ces compléter les chantiers rapidement qu’il y a des problèmes au niveau des campements, il n’y en a pas assez.» Sébastien Rioux l’a appris à ses dépens. «Au lieu d’être quatre ou cinq par maison comme ils nous l’avaient dit, on était sept ou huit.»
La demande de travailleurs étrangers se fera de plus en plus sentir ces prochaines années dans la province de l’or noir. Ses gisements de pétrole constituent la deuxième réserve la plus importante au monde après celle de l’Arabie Saoudite. Statistique Canada évaluait son taux de chômage à 4,0 %, ce qui est largement en dessous de la moyenne canadienne. Selon l’Athabasca Regional Issues Working Group, une source d’information publique dans le secteur pétrolier de l’Alberta, 240 000 emplois seront créés au pays d’ici 2008 grâce à cette ressource, dont 60 % seront en Alberta.



Derniers commentaires