Il était une fois les gangs de rue…

par Maxime Beauregard-Martin

18 10 2007

Depuis les années 80, les gangs de rue commencent à se regrouper à Montréal. Ce phénomène social a pris tellement d’ampleur par la suite au Québec que les médias ont largement traité de la question ces dernières années. Selon Jacques Moïse, psychothérapeute et coordonnateur de l’organisme P.I.a.M.P. venant en aide aux jeunes de la rue, la couverture médiatique qui en a été faite était non seulement incomplète mais biaisée.
M. Moïse tient les médias responsables de la désinformation et des préjugés qu’entretient la population. Cet homme, qui est aussi auteur du livre Adolescence, initiation et prostitution, blâme surtout le sensationnalisme et les différentes règles auxquelles les journalistes sont soumis. La place qui est accordée aux gangs de rue dans les médias n’est pas suffisante pour comprendre l’ampleur du problème. Automatiquement, le journaliste se voit obligé de faire des concessions et d’escamoter la nouvelle. Il ne relate que les éléments chocs qui frappent l’imaginaire. Souvent, il est question de cas isolés. Résultat : les gens sont informés par de multiples anecdotes, croyant qu’elles sont représentatives de la réalité.
On traite la nouvelle ainsi pour répondre aux exigences de la population. Parce que selon M. Moïse, notre société n’est pas réellement intéressée à comprendre le phénomène des gangs de rue. «Il y a toute une dimension psychologique et culturelle dans cet agir dont les journaux et les médias ne veulent rien savoir, renchérit-il. En fait, il nous faut un bouc émissaire pour expliquer nos échecs, et les gangs de rue sont arrivés au Québec à une époque où il n’y en avait pas.»
Opinion que ne partage pas Maria Mourani, députée bloquiste et auteur du livre La face cachée des gangs de rues «Ce ne sont pas des boucs émissaires. Il n’est pas non plus question de discrimination. On en parle parce qu’ils agissent.» Elle cite l’exemple de la guerre des motards, qui a fait couler beaucoup d’encre dans les années 90. Si on en parle davantage, c’est simplement que les gangs prennent de l’expansion et qu’ils commencent à être de plus en plus organisés.
Il faut cependant savoir faire la différence entre un gang de rue et une bande de jeunes adolescents au code vestimentaire précis. Les membres des gangs sont initiés et participent activement aux activités criminelles du groupe tandis que les autres ne commettent que des délits mineurs. Nuance qui n’est pas nécessairement expliquée par les journalistes qui ont plutôt tendance à généraliser, selon Jacques Moïse.
Il prétend que seul un mince pourcentage des membres est impliqué dans le banditisme. Loin d’affirmer que ces jeunes ont un comportement irréprochable, il soutient que les journalistes occultent complètement leur sensibilité. Si les médias tentaient de nuancer davantage les propos qu’ils tiennent à leur sujet, peut-être auraient-ils un impact positif sur eux? C’est du moins ce qu’il croit, pour avoir lui-même côtoyé un bon nombre de ces adolescents. «Mais les journalistes doivent absolument avoir une opinion tranchée.»
Dans son livre, M. Moïse voit un lien évident entre l’émergence des gangs et la fin de l’immigration de l’élite haïtienne, remplacée par une immigration de masse. Il voit le phénomène des gangs comme une conséquence du choc des cultures et de l’incompréhension des deux peuples. Il est important de remettre les Haïtiens dans le contexte de l’époque. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas de diplôme et se sont vite vu attribuer le bas de l’échelle sociale. Sans moyens, ils se sont accrochés à leur histoire et à leurs traditions, qui voyaient l’homme blanc comme un colon et un exploiteur. M. Moïse ne cherche pas à désigner un coupable mais simplement à analyser en profondeur les causes du phénomène.
Si elle avoue que la question est traitée de façon trop sensationnelle, Maria Mourani ne voit pas l’avantage d’adoucir l’approche des médias face à ces gangs. Il faudrait selon elle investir davantage dans la prévention, la répression et la réhabilitation des individus issus de ces milieux.
Pour Jacques Moïse, il s’agit aussi d’un phénomène de société. La prévention est absolument nécessaire, mais il ne faut pas non plus négliger l’aspect de la compréhension. «Il faut négocier le problème.» En ne cherchant pas à se défaire de ses idées préconçues, la société crée un système fermé. «Et tout système fermé entraîne de la délinquance» ajoute-il.

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